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  • Sarah K - Auteure

Un amour san fin (extrait)

Mis à jour : avr. 4

Partie I

Cher journal, je commence à écrire pour te parler d'un garçon, un lycéen de ma classe pour qui j'ai le béguin depuis le début de l'année. Aujourd'hui, il était là, de l'autre côté de la cour, entouré de ses amis, resplendissant. Je soupirai à ce constat, j'étais son total opposé : terne, seule et passant inaperçue la plupart du temps. Je ne m'en suis jamais plainte, c'est moi qui avais choisi cette situation. J'aurais aimé changer parfois, me trouver à côté de lui, rire avec eux mais cela m'était impossible. Je n'existais pour eux que sous la forme d'une camarade de classe dont on peut rire ; je soupirai une nouvelle fois, refermai mon livre et le rangeai dans mon sac ; je me levai du banc sur lequel j'étais assise et traversais la cour pour passer près de ce groupe, je me forçai à ne pas les regarder et sortis du lycée. N'ayant pas cours pendant les prochaines heures, je me laissais porter par mes pas : je parcourus un peu la ville avant d'aller dans mon parc préféré. Alors que je pensais m'y détendre en m'allongeant dans l'herbe, je les vis du coin de l'œil, ils étaient là, assis, encore une fois en train de rire. Je détournais le regard et fis demi-tour, je finis par arriver dans un café. À force de venir, le patron me considérait comme une habituée, j'avais presque une table en début de salle qui m'était réservée et il savait ce que je prenais comme boisson. C'est donc naturellement que je pris place à la première table à côté de la porte qui permettait de voir ce qui se passait dans la rue. L'ambiance chaleureuse du lieu dégagée par les différentes poutres apparentes et les odeurs de bois qui provenaient des tables vernies et du plancher m'apaisait. Mes yeux parcoururent rapidement l'intérieur du café, les employés essuyaient des verres derrière le comptoir de l'établissement, quelques personnes prenant un verre d'alcool tout en discutant avec eux des dernières nouvelles que diffusait la télévision accrochée dans un coin de la pièce. Le patron m'amena alors mon chocolat chaud et je laissais mon regard glisser sur ce qui se passait dehors. Après une bonne heure à rêvasser et plusieurs boissons chaudes avalées, la porte s'ouvrit et le cauchemar recommença une nouvelle fois. Qu'avaient-ils à me suivre ? Je ne voulais pas les voir, je ne voulais surtout pas le voir, lui, je voulais juste oublier ces sentiments qui se réveillaient en moi, alors une fois de plus je pris la fuite. Je me levais, j'emportai mes affaires et débarrassai ma table. Je m'arrêtai au comptoir pour payer mon addition, pendant ce temps, j'entendis ce que j'aurais préféré ne pas entendre : les membres du groupe de théâtre parlaient de moi ouvertement. Je fermai les yeux et inspirai profondément, je ne pouvais pas leur faire le plaisir de pleurer devant eux, j'attendis qu'on encaisse mon paiement tout en les écoutant, je serrais mon poing qui se trouvait dans ma poche jusqu'à en faire pâlir mes phalanges tout en affichant un regard vide sur mon visage.

– Cinq cocas s'il vous plaît.

C'était Mathis qui venait de parler. Mathis c'était un jeune homme de dix-huit ans révolus depuis quelques semaines qui mesurait un mètre quatre-vingt environ soit une tête de plus que moi. Il avait des cheveux noirs qui lui arrivaient au niveau des hanches lorsqu'ils étaient détachés mais la plupart du temps ils étaient emprisonnés dans un chouchou en une queue de cheval. Il devait d'ailleurs mettre un temps fou le matin pour défaire les nœuds de sa chevelure. Ses yeux bleu océan vous captivaient dès qu'il posait son regard sur vous, il y avait de ce fait de nombreuses filles qui feraient n'importe quoi pour pouvoir sortir avec lui, je n'étais pas de celles-là. En même temps, j'étais assez banale : que ce soit mes yeux marron – qui sont d'une banalité affligeante – ou bien le reste de mon corps dont je ne prenais pas grand soin. Pour en revenir à Mathis, tout son visage avait des traits fins qui lui donnaient un air princier ; cette impression était renforcée par son allure et son maintien dignes des plus hautes personnes de la Cour du XVIIIe siècle. Même ses habits luui conféraient une classe naturelle : ce jeune homme portait la plupart du temps un jean et une chemise blanche dont les premiers boutons restaient ouverts par dessus laquelle il mettait parfois une veste noire. Il était selon moi l'incarnation d'un ange tombé sur terre. Et depuis que je le connaissais, j'avais toujours pu reconnaître sa voix entre mille, et dans ce bar, il était juste à côté de moi. Moi, qui était bien fade à côté de lui : ma chevelure de couleur brune m'arrivant un peu en dessous des épaules était le seul élément de mon apparence dont je prenais soin et dont j'étais fière. Pourtant, si j'écoutais mes proches, j'avais un charme naturel qu'il me suffirait d'amplifier avec un peu de maquillage et un choix de tenue correct. Sauf qu'une fois encore, je n'étais pas du genre à passer des heures dans la salle de bain le matin pour savoir qu'elle haut assortir avec quelle jupe et quelle paire de chaussure sans parler des accessoires. Je mettais ce qui me plaisait mais surtout, je me vêtais d'habits dans lesquels je me sentais à l'aise. Enfin bref, pour en revenir à la situation actuelle, je ne bougeais pas d'un pouce en attendant que l'on me rende ma monnaie avant de tourner légèrement la tête vers lui. Il fallait que je fasse semblant de ne pas avoir remarqué qu'il était à mes côtés. Trois, deux, un...

– Ah Mathis tu es là, je ne t'avais pas remarqué, déclarai-je d'un ton neutre. J'avais réussi, je soufflais intérieurement. Je ne me savais pas aussi bonne comédienne. – Tu veux t'asseoir avec nous ? me demanda-t-il simplement. – Non merci, je m'en vais. Lui répondis-je sur le même ton que précédemment.

Je lui fis un faux sourire, ce que je pouvais le détester ce mec, oui je le détestais et pourtant je ne pouvais pas m'empêcher de l'aimer, il n'en savait rien et il n'en saurait jamais rien (enfin cela c'est ce que je croyais). Je lui donnais toutes les raisons du monde de me haïr également : je ne faisais aucun effort vestimentaire, ma coiffure n'était pas soignée, je ne mettais que très peu de maquillage et j'évitais de parler aux autres vu ma grande franchise. Pour résumé, j'étais le contraire des filles qu'il avait l'habitude de côtoyer dans son groupe d'amis habituel. Il sembla déçu de ma réponse, je détournai la tête et entendis de nouveau une réplique cinglante qui me blessa plus que ce que je ne laissais paraître en apparence. Et cet argent qui n'arrivait toujours pas : à croire que les employés de ce café le faisait exprès. Il fallait que je m'en aille rapidement avant de perdre la face devant ceux qui me martyrisaient à longueur d'années scolaires depuis maintenant deux ans.

– Désolé, je ne sais pas ce qu'elle a aujourd'hui... – Pas la peine de l'excuser, elle a déjà balancé pire comme phrase.

Et c'était vrai, Claire s'amusait depuis l'année de seconde à m'en faire voir des vertes et des pas mûres. Dès qu'elle me voyait, elle ne pouvait s'en empêcher, c'était comme une maladie dont on ne pouvait se débarrasser. J'avais appris à faire avec depuis le temps mais c'était avec le plus grand plaisir que je récupérais mes petites pièces et me dirigeais vers la porte de sortie. Je rajoutais à voix basse plus pour moi que pour lui que je n'étais pas assez forte pour supporter son groupe plus de cinq minutes. Je réussis à sortir la tête haute en laissant Mathis en plan ; je retournai au lycée et allais en cours de Latin, une heure sans eux ne pouvait me faire que du bien, le problème étant qu'après on avait une dernière heure de cours ensemble et que j'allais en prendre pour mon grade. Durant l'heure du cours d'Histoire, je pris autant de notes que possible, je soulignai les termes importants, les dates et les noms, j'évitais d'écouter les discussions qui avaient lieu autour de moi, pourtant je fus agacée d'entendre encore et toujours des voix en arrière-fond du cours et dans les dix dernières minutes, étant assise à l'avant dernier rang de la classe, je me permis d'écouter la conversation de ceux assis derrière moi : c'était de ma personne dont il était question. J'étais curieuse de savoir ce qu'on avait l'audace de dire dans mon dos alors que j'étais juste à côté ; je fis donc semblant de ne pas les entendre mais je finis par baisser la tête, les larmes au bord des yeux, c'était insupportable ; ils étaient ignobles et cruels tout simplement. Je me retournais légèrement pour les regarder glousser comme des dindons, ils se moquaient ouvertement de moi, je n'avais qu'une envie : me lever et leur mettre mon poing là où je pensais mais je ne devais sous aucun prétexte faire d'esclandre puisque nous étions en cours. C'est ce que je me répétais lorsque je remarquais que Mathis avait bien perçu mon regard assassin vers eux. J'avais peut-être une chance qu'ils pensent que c'était parce qu'ils faisaient du bruit. Je fixais de nouveau notre professeur et attendis la sortie des cours. Je me ruais presque sur la porte dès que la cloche retentit et me dépêchais de rejoindre la gare pour rentrer chez moi. Ce que je voulais réellement en cet instant c'était mettre le plus de distance possible entre tous mes camarades de classe et moi.

© S.


P.S : Si vous désirez connaître la suite, merci d'acheter le livre via ce lien : https://www.atramenta.net/books/un-amour-sans-fin/886

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